Kate Showers – Une électrosensibilité récente, qui perturbe beaucoup ma vie

Ce témoignage a été fait par l’auteure, lors d’un séminaire sur l’hypersensibilité électromagnétique et chimique qui eut lieu à l’UQAM le 2 novembre 2016, à l’Institut des Sciences environnementales. Les dernières lignes y ont été récemment ajoutées.

Je m’appelle Kate Showers; j’ai soixante-sept ans, Je suis chercheure, Senior Research Fellow au Centre for World Environmental History, University of Sussex, Angleterre. L’an dernier, en septembre (2015), j’ai compris que j’étais devenue électrosensible – un mot inconnu dans ma vie. À part l’usage d’un ordinateur, je n’avais jamais utilisé de technologies sans fil. Pendant l’été 2015, j’étais très fatiguée, un peu déprimée, et je n’ai pas trouvé la force de me promener ou de faire du vélo. Ma digestion, aussi, ne fonctionnait pas bien, et le sommeil ne me reposait pas. Mais, j’ai pensé que cet état était normal à cause du stress d’avoir vendu ma maison en Ontario en mai et déménagé à Sherbrooke en juin 2015. Je m’étais donné l’été, sans pression, pour récupérer.

Malheureusement, mon état a empiré. Heureusement, je me suis rendu compte que j’allais mieux quand je sortais de mon logement et allais à un endroit sans microondes. J’ai conclu alors que le problème ne venait pas de mon corps – mais d’appareils électriques et sans fil. Voici quels étaient mes symptômes, au début : fatigue, difficultés de sommeil, mauvaise haleine et goût de métal dans la bouche, mucus dans mes sinus, quelques raideurs dans mes articulations, troubles de digestion dont de l’acidité dans l’estomac.

À l’automne, après le retour des étudiantes dans les appartements voisins, et leur utilisation du Wi-Fi, et avec l’arrivée de la télé Wi-Fi au-dessous de mon logement et dans le voisinage, j’ai éprouvé de plus en plus de fatigue, des maux de tête très douloureux et des larmoiements, des battements de coeur irréguliers, de la douleur dans les oreilles, des acouphènes et des moments de vision trouble, de la confusion mentale, de la difficulté et fatigue en lisant, et difficulté de me souvenir de ce que je venais de lire et avais lu auparavant; j’ai eu aussi des épisodes de difficulté à parler, à prononcer et à trouver les mots corrects, des picotements qui traversaient mon cuir chevelu, et, aussi, qui montaient dans mes jambes, un manque d’équilibre, de la douleur lors de mouvements (en plus de la raideur des articulations du début). La couleur de ma peau avait changé : blanche, sans rose) avec rougeur autour des yeux, de temps en temps plus foncé (violet), de très petites taches brunes (comme la tête d’une épingle) au ventre, aux cuisses, et aux bras; de l’inflammation à l’abdomen avec sensation de brûlure. J’avais plus fréquemment des rhumes et des infections (bactériennes ou champignons). Mon ventre était souvent ballonné, souvent douloureux, et j’avais des flatulences. J’alternais entre constipation et diarrhée. Mes cheveux étaient devenus plus gris, secs et cassants.

Je n’ai pas consulté un médecin parce que je n’ai pas de médecin de famille, et j’avais peur que les médecins de l’urgence pensent et écrivent que j’avais besoin d’un psychiatre. En janvier un électricien est venu à mon logement avec ses appareils de mesure. A la fin, il m’a dit: « ce logement est très dangereux. Les niveaux des champs électromagnétiques, micro-ondes et ‘électricité sale’ sont extrêmes. Vous risquez de devenir très malade. Ne dormez plus ici, et n’y restez pas plus que 3 heures à la fois. Déménagez aussi vite que possible!”

L’impact sur moi de tout cela est profond. Mes plans d’avenir, faits après la mort de mon mari, de me créer une vie nouvelle en français à Sherbrooke ont été perturbés. Après l’arrivée de la télé Wi-Fi WIFI TV chez des voisins, je n’ai pas pu dormir dans ma chambre, ni utiliser le salon, ou la chambre des invités. J’ai essayé de dormir sur le plancher dans mon bureau, la cuisine, dans une tente sur la galerie, et, finalement, le premier soir que la température a tombé à zéro, dans ma voiture. Enfin, j’ai trouvé un sous-sol où j’ai pu dormir sur le plancher à côté des machines à laver et des sécheuses. Ma vie sociale a été détruite. Après la fin du bail de mon cinq-et-demi le premier juillet (j’ai payé dix mois pour un logement où je ne pouvais rien faire sauf cuisiner, laver mon linge et stationner ma voiture), je suis devenue complètement sans abri, n’ayant plus accès au sous-sol qui m’avait dépanné jusque-là. J’ai mis tous mes livres, documents, vêtements et meubles dans un entrepôt, et ai commencé à vivre dans ma voiture. J’ai continué à chercher une maison à louer ou à acheter, sans champs magnétiques et surtout sans radiofréquences, ce qui veut dire loin de tours et antennes.

Jusqu’ici, j’ai dépensé presque 4000 $ pour des vêtements ou équipements de protection comme les vêtements, les boucliers pour mon ordinateur et un baldaquin (tissu blindant) pour mon lit. Chaque mois je dépense environ soixante-dix dollars pour des capsules contre la raideur et la douleur dans mes articulations. Pendent tous ces bouleversements, j’ai essayé maintenir ma vie professionnelle. Grâce à l’Internet, j’ai réussi à rester en contact et active. A ce moment-ci un rédacteur d’un journal scientifique en Autriche attend mon article, une maison d’édition en Angleterre attend le manuscrit de mon prochain livre, et des collègues ici au Québec et en Angleterre attendent une proposition de recherche. Jusqu’en l’an 2000, j’écrivais dans mon bureau à la maison, mais je voyageais aussi beaucoup (en Angleterre, Europe et Afrique) afin de participer à des conférences, faire des recherches dans les bibliothèques et les archives, et faire du travail sur le terrain. Maintenant les avions autorisent le Wi-Fi, qu’on retrouve aussi partout, dans les hôtels, les bibliothèques, et les universités. Je ne sais pas comment on peut poursuivre une carrière académique internationale dans ces conditions. Il est difficile, probablement impossible, de continuer comme chercheuse sans-abri.

Au moment où j’écris ces lignes, à l’approche de Noël en décembre 2016, je viens d’acheter un petit chalet en Estrie, joli mais qui a besoin de réparations. Je l’ai acheté parce qu’il n’y a pas de radiofréquences autour et que j’ai de nouvelles amitiés dans la région. Je vais déménager là dans les prochains jours, ce qui mettra fin à plus d’une année très difficile d’itinérance entre le Massachussets, l’Ontario – endroits où j’ai des amis ou de la famille – ma voiture pendant plusieurs mois et le Québec, où je choisis de poursuivre ma vie.

Kate Showers