Pour un dialogue avec votre médecin

Traduction autorisée de Talking with your doctor – WEEP Initiative. Adapté.

En plus d’être reliée à plusieurs autres problèmes de santé, la pollution électromagnétique est associée à une augmentation du nombre d’individus souffrant d’une affection connue sous le nom d’électro-hypersensibilité (EHS). L’Organisation mondiale de la Santé la définit comme « un phénomène où des individus sont victimes d’effets néfastes sur leur santé à proximité d’appareils qui émettent des champs électriques, magnétiques ou électromagnétiques. »

En Suède, l’électro-hypersensibilité est classifiée comme un handicap pour lequel des cliniques de santé à faible exposition de champs électromagnétiques sont disponibles. Le rapport de la Commission canadienne des droits de la personne reconnaît la sensibilité environnementale suite aux expositions électromagnétiques. Les experts estiment qu’approximativement 3% de la population a des symptômes sévères d’EHS, et qu’un autre 35% pourrait avoir des symptômes modérés tels qu’un système immunitaire compromis et des maladies chroniques (Havas, 2007). En Autriche, l’Association médicale autrichienne a publié une directive, et conçu un questionnaire pouvant être utile aux professionnels de la santé.

Parce que l’EHS est une sensibilité environnementale,  l’évitement des facteurs déclencheurs est primordial pour prévenir les symptômes et améliorer sa santé. Comme d’autres sensibilités environnementales, l’EHS présente une diversité de symptômes qui souvent se chevauchent. Par exemple, l’hypersensibilité chimique multiple et la fibromyalgie, entre autres affections, se retrouvent aussi chez des personnes électrosensibles. De plus, les personnes souffrant de sclérose en plaques, de diabète et d’autres maladies voient leurs souffrances exacerbées en présence de champs électromagnétiques (CEM), ou atténuées avec des mesures pour réduire l’intensité des CEM.

Symptômes d’électro-hypersensibilité

Les effets biologiques d’une exposition aux CEM incluent des effets négatifs sur la santé, de même qu’une perte d’homéostasie et de bien-être. Les symptômes varient d’un patient à l’autre en fonction de leurs prédispositions biologiques et de l’intensité [cumulative] de l’exposition. Les symptômes disparaissent en s’éloignant des sources de CEM, comme des ordinateurs, des lumières fluorescentes, des transformateurs, des antennes sans fil, des téléphones mobiles et sans fil, des appareils électriques et électroniques, des antennes- relais de téléphonie, des lignes d’alimentation électrique. Toutes ces sources  exposent à des champs électromagnétiques puissants. Les symptômes réapparaissent en leur présence. Avec des expositions répétées, la sensibilité apparaît à des niveaux plus faibles de CEM. (Sage, 2001)

 

Effets biologiques d’exposition aux CEM

Extrait de « Do You Have Microwave Sickness ? » de Paul Doyon,# spécialiste, radiations électromagnétiques (EMRS).

L’exposition aux CEM :

  • Crée des dommages oxydatifs en réduisant nos réserves naturelles d’antioxydants comme le superoxyde dismutase (SOD), la catalase, le glutathion, le coenzyme Q10 et la mélatonine. Cette baisse d’antioxydants entraîne un vieillissement prématuré, des infections plus fréquentes, un sang moins fluide. Avec un faible niveau d’antioxydants dans le sang, les lipoprotéines de haute densité (HDL), le « bon » cholestérol,  se lieront avec des radicaux libres pour se transformer en lipoprotéines de basse densité (LDL), le « mauvais » cholestérol.
  • Augmente le calcium intracellulaire. Par exemple, lorsqu’il y a augmentation anormale de calcium à l’intérieur des cellules de la peau (mastocytes), il y production d’histamine.  Il s’agit ici d’un des mécanismes qui expliquent comment les CEM sont connus pour déclencher et amplifier les réactions allergiques.
  • Inhibe le fonctionnement des mitochondries. Les mitochondries agissent comme des génératrices en produisant l’énergie cellulaire. Leur mauvais fonctionnement cause une fatigue chronique et serait lié au développement de cancers.
  • Diminue le potentiel de membrane des globules rouges, qui, au lieu de se repousser, s’agglutinent ensemble [pour former des « rouleaux »]. La quantité d’oxygène, qu’ils transportent au cerveau et dans les autres cellules, est alors limitée, causant ainsi des symptômes similaires au mal de l’altitude : nausées, vertiges, difficulté à se concentrer, et à prendre des décisions.
  • Diminue le nombre de cellules tueuses naturelles NT (cellules murines naturelles). Ceci diminue d’autant la capacité du corps à vaincre les infections. La récupération en sera alors moins rapide. Une exposition prolongée aux micro-ondes altère le ratio des globules blancs T4/T8, qui augmente notre susceptibilité aux infections virales, bactériennes et fongiques. Les symptômes incluent des maux de gorge, de la fièvre, une fatigue persistante, des ganglions enflés.
  • Augmente le stress « chronique » en causant une production excessive de cortisol et d’adrénaline par les glandes surrénales. Un excès d’adrénaline peut entraîner une irritabilité et de l’hyperactivité, très fréquentes chez les enfants TDAH. Cette excitation peut expliquer le syndrome de la jambe qui bouge involontairement. À long terme, on assiste à un épuisement des surrénales. Un excès de cortisol peut nourrir l’obésité.
  • Réduit un précurseur sanguin (5-HT) de la sérotonine. De bas niveaux de sérotonine déclenchent l’anxiété et la dépression, pouvant déboucher sur le suicide.
  • Réduit les niveaux de norépinephrine. Cette hormone du système nerveux autonome contrôle, entre autres, la température corporelle. Une diminution anormale de norépinephrine est liée à des troubles de mémoire à court terme et à la dépression.
  • Altère la production de mélatonine. Cette hormone est nécessaire à la régulation du sommeil. L’effet antioxydant de la mélatonine, maintenant en baisse, se fait sentir avec la recrudescence des cancers du sein. Une baisse de la mélatonine aurait aussi pour effet une baisse de résistance immunitaire.
  • Réduit les niveaux de dopamine, associés à la dépression.
  • Réduit les niveaux du neurotransmetteur acétylcholine. Une baisse de ce neurotransmetteur entraîne des désordres neurologiques et neuromusculaires, comme l’Alzheimer.
  • Altère le flux sanguin dans différentes régions du cerveau, comme on a pu le constater dans des cas de syndrome de fatigue chronique et d’autisme, et comme le médecin et chercheur français Dominique Belpomme l’a montré dans son étude sur les biomarqueurs de l’électrosensibilité.

Critères de diagnostic

Les critères de diagnostic permettent aux médecins d’arriver, chacun de leur côté, aux mêmes conclusions en examinant le même patient. Ceci permet de faire consensus sur le traitement et la recherche.

Quant à l’hypersensibilité chimique multiple, dont souffrent souvent les personnes électrosensibles, 34 chercheurs et médecins nord-américains, ayant examiné des milliers de patients, en sont arrivés à un consensus sur les critères pour établir un diagnostic :

  • les symptômes sont reproductibles suite à des expositions répétées ;
  • la condition est chronique ;
  • de faibles niveaux d’exposition (plus faibles que communément tolérés) causent des manifestions de l’affliction ;
  • les symptômes s’améliorent ou disparaissent en absence d’exposition ;
  • les symptômes touchent simultanément plusieurs systèmes ou organes.

Une recherche systématique de la littérature scientifique a confirmé ces critères de diagnostic, et a suggéré que des symptômes neurologiques pourraient être un critère additionnel.  Ces critères consensuels ont été validés auprès de 2 546 patients de la région de Toronto pour distinguer les patients ayant plus ou moins de sensibilité. Dans la même étude, une combinaison de quatre symptômes neurologiques a permis d’identifier les patients hypersensibles aux produits chimiques :

  • avoir un odorat plus développé que la moyenne ;
  • se sentir amorti, sonné ;
  • se sentir déconnecté de la réalité ;
  • avoir de la difficulté à se concentrer.

Ces critères de diagnostic s’appliquent également à l’hypersensibilité aux expositions électromagnétiques.

La « sensibilité environnementale » ne décrit pas une seule condition ayant une seule cause. Ainsi les individus qui en sont affligés associent leurs symptômes à des aspects de l’environnement, comme à un lieu en particulier ou à une exposition à un ou plusieurs facteurs chimiques, biologiques [(moisissures)] et/ou électromagnétiques. Le Tableau 1 mentionne plusieurs termes qui ont été utilisés pour décrire les aspects de l’hypersensibilité environnementale.

Le portrait clinique se complique par le chevauchement, chez le patient, d’autres afflictions ou maladies, aussi mentionnées dans le Tableau 1. Les expositions environnementales ne contribuent pas forcément à toutes ces afflictions chez tous les patients, mais il faut être conscient que plusieurs facteurs peuvent contribuer de façon synergique  à ces afflictions.

Tableau 1 : noms donnés aux aspects de la sensibilité environnementale et afflictions simultanées

Aspects de sensibilité environnementale Afflictions simultanées courantes
  • Forte réactivité à l’environnement
  • Syndrome d’allergie total
  • Perte de tolérance induite par substance toxique (TILT)
  • Sensibilité chimique multiple (MCS)
  • Hypersensibilité chimique multiple
  • Intolérance chimique
  • Syndrome de la guerre du Golfe
  • Intolérance idiopathique environnementale
  • Maladie de l’environnement
  • Allergie chimique
  • Blessure toxique
  • Syndrome des édifices hermétiques
  • Syndrome des bâtiments malsains
  • Maladie du XXe siècle
  • Maladie induite par des produits chimiques
  • Phobie chimique
  • Hypersensibilité électromagnétique
  • Intolérance électromagnétique
  • Électrosensibilité
  • Maladie des micro-ondes
  • Fibromyalgie
  • Syndrome de fatigue chronique
  • Syndrome de fatigue post-virale
  • Neuromyasthénie post-infection
  • Grippe
  • Douleur chronique
  • Migraine
  • Arthrite
  • Allergies
  • Rhinite
  • Asthme
  • Intolérance alimentaire
  • Maladie coeliaque
  • Syndrome du côlon irritable
  • Dépression majeure
  • Anxiété
  • Trouble de panique
  • Hypothyroïdie

Hospitalisation d’une personne électrohypersensible

Les personnes indiquant être hypersensibles aux ondes électromagnétiques sont susceptibles de formuler des demandes spécifiques lors d’une hospitalisation, comme par exemple de disposer d’une chambre ou d’un bloc opératoire exempt d’ondes électromagnétiques. La prise en charge de cette personne doit concilier sa demande avec les contraintes liées à l’urgence, l’organisation, la délivrance et la sécurité des soins.
Les Citoyens Éclairés du Morbihan ont produit un excellent document Hospitalisation personne EHS à remettre au personnel de soins lors d’un séjour à l’hôpital.

Traitements

(Extrait du rapport  Le point de vue médical sur l’hypersensibilité environnementale, page 6, de la Commission canadienne des droits de la personne)

Retrouver la santé pour une personne hypersensible implique un dépistage précoce, un évitement des agents déclencheurs des symptômes, une mitigation environnementale, des traitements pour réduire les toxines résiduelles, et un retour aux processus biologiques normaux. Sans mitigation des irritants, une personne hypersensible deviendra sévèrement handicapée (Dr. Margaret Sears, 2007).

L’intervention la plus efficace est d’éviter immédiatement toute source de radiations électromagnétiques.

Une fois ces expositions éliminées, les interventions suivantes sont suggérées par des médecins :

  • traiter les infections gastro-intestinales, qui peuvent permettre l’absorption de toxines et de macromolécules non digérées [gluten], tout en inhibant l’absorption de nutriments essentiels ;
  • entreprendre des protocoles de détoxification, dont le sauna [proche de l’infrarouge] et l’exercice physique ;
  • réduire l’intoxication aux métaux lourds [(mercure, plomb, cadmium, aluminium)] par des chélations [supervisées] ;
  • prendre des suppléments [de magnésium], de vitamines [B et E, et d’antioxydants];
  • s’assurer d’un équilibre hormonal, étant donné que plusieurs toxines sont des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A qui bloqueraitles récepteurs d’estrogène;
  • corriger les débalancements biochimiques ;
  • chercher du soutien psychologique ;
  • obtenir des atténuations des RF en milieu de travail.

Les normes actuelles ne nous protègent pas

(Extraits du Rapport Bioinitiative, http://www.bioinitiative.org/report/). Un résumé en français d’une version antérieure du rapport (2007) existe.

Les normes actuelles d’exposition du public aux CEM ne sont pas fondées sur les effets biologiques observés, mais plutôt sur la présomption que les effets sur la santé ne peuvent provenir que du courant électrique induit pour le réseau électrique, et d’un échauffement thermique des tissus par les radiations micro-ondes.

Dans le passé, les ingénieurs ont développé des normes d’exposition électromagnétique en pensant que seul l’aspect électrique mesurable, en terme de courant induit ou d’échauffement, pouvait nuire à la santé. Dans les dernières décennies, de nombreuses études ont confirmé sans l’ombre d’un doute l’existence d’effets biologiques néfastes se manifestant à des niveaux qui ne produisent pas de courant induit ou d’échauffement thermique ; les effets biologiques décrits précédemment se produisent à des niveaux d’exposition un million de fois plus faibles que les normes actuelles, alors qu’il ne peut y avoir d’effet thermique. Les autorités fédérales et québécoises persistent cependant à considérer ces niveaux sécuritaires d’un point de vue non biologique. Pour de nombreuses nouvelles technologies sans fil, ces normes laxistes ne sont même pas requises. Une revue indépendante des études scientifiques démontre que ces normes ne nous protègent pas d’une exposition continue à basse intensité. L’omniprésence des sources de CEM (Wi-Fi public, compteurs intelligents, 5G) crée des niveaux sans précédent de champs électromagnétiques artificiels qui couvrent presque l’ensemble du territoire habitable.

Points de divergence

  1. Les scientifiques et les experts en santé publique utilisent des définitions différentes quant au critère de preuve scientifique, d’où leurs divergences sur les mesures à prendre. Les experts ont un rôle, qui n’est cependant pas exclusif.
  2. On se réfère essentiellement souvent aux mêmes études scientifiques, mais on ne s’entend pas sur ce qui constitue une preuve suffisante.
  3. Pour affirmer qu’un effet existe, certains experts affirment que toutes les études doivent être consistantes, démontrant toujours les mêmes résultats, indépendamment de méthodologies différentes, comme si une étude négative annulait une étude positive.
  4. Certains experts estiment qu’il est suffisant de considérer les effets aigus à court terme.
  5. D’autres experts trouvent important d’avoir des études sur les effets chroniques à long terme d’expositions similaires à celles qu’on trouve dans notre environnement actuel.
  6. Des experts affirment vouloir aussi considérer [la vulnérabilité] des enfants, des aînés, des femmes enceintes, des personnes déjà malades. Alors que les normes sont basées sur une personne « moyenne », un homme d’un mètre 80 cm pour les radiations micro-ondes.
  7. Dans le monde, il n’y a à peu près plus de population non exposée pour servir de groupe témoin : il est donc plus difficile de voir si le risque s’accroît.
  8. Il n’y a pas consensus sur un mécanisme biologique unique d’action.
  9. L’évidence des études épidémiologiques humaines n’est pas aussi forte pour les études sur les animaux.
  10. Les intérêts commerciaux pèsent lourd dans ce débat sur notre santé.

Personne ne recommanderait que des médicaments [anti-cancers] soient donnés aléatoirement au public, surtout pas aux enfants. Mais c’est ce qui se passe actuellement : nous sommes tous exposés involontairement et aléatoirement à des niveaux de CEM, prouvés néfastes pour notre santé. Le principe de précaution devrait nous guider, notamment pour la santé de nos enfants.

Certaines conditions médicales, telles les fractures ouvertes, sont présentement guéries par l’utilisation de champs électromagnétiques de faible intensité, bien en-dessous des normes actuelles, démontrant ainsi un effet biologique.  L’agence fédérale américaine (FDA) a approuvé l’utilisation de générateurs d’ondes électromagnétiques pour fins  médicales.

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